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Son House est un dieu, Martin Scorsese son prophète

La collection d’albums sortie sous la houlette de Martin Scorcese en 2004 est sans aucun doute la meilleure façon de s’initier au vrai Blues pour tous les malheureux petits blancs que nous sommes. Nous qui ne sommes pas nés avec les eaux boueuses du Delta dans les veines et des fourmis dans les chaussures deux-tons.

Cette collection offre, entre autre, l’immense avantage de dresser un panorama de plus de 70 ans de musique black américaine avec des artistes pas tous aussi blacks que ça. On y trouve en vrac B.B. King, Bessie Smith, Muddy Waters, Jimi Hendrix, mais aussi Taj Mahal, Eric Clapton, The Allman Brothers Band ou encore Steevie Ray Vaughan. Je l’avais dit, pas que des noirs. On y trouve surtout deux géants, les deux mythes fondateurs que sont Robert Johnson et Son House.

Le premier, selon la légende, aurait vendu son âme au diable, à quelques mètres des eaux boueuses du fleuve, afin de devenir le meilleur guitariste de tous les temps. Pari amplement réussi si on considère simplement la centaine de musicos qui se réclame de lui. Eric Clapton en tête. Robert Johnson a également inauguré le club des 27, cette liste d’artistes morts dans la fleur de l’âge (27 ans) mais qui ont marqué à jamais l’histoire de la musique. Bien avant Jim Morisson, Janis Joplin ou Brian Jones, Johnson s’est fait butter à un carrefour par un mari jaloux. Sur une vie de légende pareille, on ne pouvait bâtir qu’une immense musique…

Son House, lui, aura eu une vie bien plus calme. A 85 ans, en 1988, il était encore là pour défendre sa propre légende. Pour dire fièrement à tous les petits minots chevelus un truc du genre Cette musique que vous jouez, c’est moi qui l’ai inventée, il y a des décennies dans la poussière du Sud. Y’a pas tant d’artistes que ça qui peuvent se vanter d’une telle influence, et surtout pas beaucoup d’artistes qui ne sont pas des musiciens de Blues.

J’exagère ? A peine. Prenez un classique comme John The Revelator - premier extrait du jour : - éternellement repris et source d’inspiration jusqu’à Depeche Mode (avec une piste presque homonyme sur Playing The Angel). Trouvez-moi une seule version de ce morceau qui ait autant de patate, d’épaisseur, d’histoire, de classe. C’est un défi, les commentaires sont ouverts.

Autre exemple ? L’incroyable Death Letter Blues - deuxième extrait du jour, je vous gâte : - que les plus curieux retrouveront sur le De Stijl des White Stripes. Autant la version de Jack & Meg White est électrique et électrisante, autant Son House avec ce morceau fait réellement frissonner. Tout ça me fait penser que le blues reste aujourd’hui la seule musique qui ait encore une âme. Et Robert Johnson a décidément très bien fait de la vendre au diable.

Pour information, la superbe photo qui sert d’en-tête à ce billet est un portrait de Son House signée Giuseppe Pino et daté de 1970… Une photo qui est un monument d’émotion, tout comme la musique du bonhomme. Vous pouvez admirer ce portrait dans son intégralité sur Flickr, la plateforme de partage de photos de Yahoo!.

PS : La brève du jour concerne Oasis, le groupe emblématique de la Brit-pop. Son 7ème album s’appelle Dig Out Your Soul, sortira le 6 octobre et devrait être en écoute d’ici quelques minutes sur le MySpace du groupe.

Martin Scorsese presents Son House.jpgTracklist: 1. My black mama, pt.1 / 2. Preachin’ blues, pt.1 / 3. Dry spell blues, pt.1 / 4. Levee camp blues / 5. Walking blues / 6. Special rider blues / 7. Pony blues / 8. Death letter / 9. Pearline / 10. John the revelator / 11. Preachin’ blues / 12. Empire state express / 13. Levee camp moan / 14. Grinnin’ in your face

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